Dirigeants relativement bien perçus, institutions sévèrement jugées : comprendre le paradoxe congolais
Cette semaine, Ebuteli, Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance, et la violence a publié, avec GeoPoll, les résultats d’un nouveau sondage interrogeant les perceptions des Congolais sur l’état du pays, de ses institutions et de ses dirigeants. Comme souvent, ce sont d’abord les chiffres les plus spectaculaires qui ont retenu l’attention : près de 60% de répondants estiment que la RDC va dans la mauvaise direction. Plusieurs institutions politiques et secteurs sont jugés sévèrement : la situation économique, les libertés publiques ou encore la sécurité continuent d’inquiéter. Mais à y regarder de plus près, le résultat le plus intéressant du sondage se trouve peut-être ailleurs. Il réside dans un paradoxe : alors que plusieurs institutions sont mal évaluées, certains dirigeants semblent mieux s’en sortir dans l’opinion. Comment expliquer ce décalage ?
Bonjour, je suis Joël Kiniati, analyste des données à Ebuteli. Vous écoutez le 26e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, la capsule audio d’Ebuteli, qui analyse, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 3 juillet 2026.
Avant tout, rappelons que ce sondage ne dit pas ce que pense chaque citoyen pris individuellement, et qu’il ne prétend pas non plus offrir une photographie parfaite de l’opinion congolaise. Il repose sur un échantillon de 1 350 adultes répartis dans les 26 provinces selon leur poids démographique, avec des quotas par sexe et par tranche d’âge. Il a été réalisé par téléphone, en français et en langues nationales. Il ne s’agit donc pas d’un recensement exhaustif, mais d’un outil qui permet de dégager des tendances d’opinion à l’échelle du pays. Les résultats doivent ainsi être lus comme des indications solides sur les perceptions dominantes du moment, plutôt que comme le reflet exact de chaque conviction individuelle.
Depuis plusieurs décennies, la vie politique congolaise repose sur des figures plus que sur des institutions. Les partis restent souvent structurés autour de leaders, les campagnes électorales sont fortement personnalisées et, dans le débat public, ce sont fréquemment les individus qui occupent le devant de la scène plutôt que les institutions qu'ils dirigent.
Cela ne signifie pas que les dirigeants échappent à toute responsabilité. Les Congolais ont déjà montré par le passé qu’ils pouvaient sanctionner des leaders pour des promesses non tenues, la corruption ou l’insécurité. On l’a vu avec la présidentielle de 2018 et la défaite d’Emmanuel Ramazani Shadary, alors dauphin de Joseph Kabila, président sortant. Dans le contexte actuel, deux facteurs semblent brouiller davantage l’imputation des responsabilités au pouvoir en place : la campagne nationaliste qui renvoie en grande partie des difficultés du pays à l’agression rwandaise, mais aussi la faiblesse d’une opposition politique qui a longtemps peiné à s’organiser et à imposer un contre-narratif suffisament audible, ainsi que la domination du régime en place dans l’espace médiatique.
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